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Lundi 06 septembre 2010; 15h 25min. 34sec   
 

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ANTHROPOLOGIE DES SAVOIRS 







AXE SAVOIRS




Responsables : Marine CARRIN et Dominique BLANC








TRAVAUX REALISES DANS CE CADRE (2002-2005)


Anthropologie du corps et de la santé


Jean-Pierre Albert anime depuis 2001 un séminaire de recherche mensuel "Anthropologie du corps et de la santé" qui réunit les chercheurs et doctorants travaillant sur des thèmes en rapport avec ces questions. Ces rencontres régulières ont contribué à l’encadrement de thèses soutenues sur la période (celle de Raphaële Garreta sur l’herboristerie, d’Emmanuelle Godeau sur la formation des médecins, Brigitte Sébastia, sur un sanctuaire thérapeutique chrétien en Inde du Sud). La question des savoirs médicaux – ceux de la biomédecine et ceux issus de diverses traditions, locales ou exotiques – est abordée du point de vue de leur situation actuelle de confrontation et de critique réciproque et replacée dans le contexte plus large des mutations contemporaines qui affectent le religieux et sont des valeurs actives dans la détermination des modes de vie. À cela s’ajoute une approche des conduites addictives (toxicomanie avec Serge Escots, dopage sportif avec Guillaume Suderie), ou encore des conditions sociales de la constitution de la sexologie et de la demande dont elle est l’objet (David Michels). Par ailleurs, l’ouverture vers le domaine indien liée aux travaux de Marine Carrin a permis, outre les travaux personnels de l’intéressée, la réalisation de travaux d’étudiants sur la diffusion des médecines asiatiques en France. Ces recherches coordonnées ont par ailleurs permis de multiplier les opérations d’enseignement et de formation (certificat de maîtrise "Anthropologie, ethnologie et sociologie de la santé", formation permanente des personnels hospitaliers, écoles d’infirmiers et de travailleurs sociaux).

Savoirs et usages de la nature

Les recherches conduites dans le domaine européen sur les savoirs de la nature ont généralement porté, jusqu'ici, sur les savoirs "traditionnels" et "populaires". Les travaux que Raphaële Garreta a consacrés aux plantes médicinales infléchissent sensiblement cette perspective. Elle a en effet choisi d'étudier, non pas leurs usages coutumiers dans le monde rural, mais les pratiques et les discours des professionnels - cueilleurs de plantes sauvages ou récoltants de plantes cultivées qui s'occupent aussi, les uns et les autres, de leur séchage, herboristes, aromathérapeutes – qui transforment les plantes pour les mettre au service d'un public essentiellement citadin. Cette enquête lui a permis de dégager les représentations de la plante, du corps et de la maladie qui fondent les pratiques des professionnels et des usagers, et d'interroger la continuité et les écarts entre tradition et modernité dans ce domaine.
Dans le cadre d’un contrat d’étude avec le Syndicat Intercommunal de Valorisation du Patrimoine Cerdan (S.I.V.P.C.) et le Musée de Cerdagne (Pyrénées-Orientales), Maryse Carraretto a mené, avec la collaboration de Pierre Campmajo, archéologue, ethnographe et photographe, une recherche sur le jardin potager et la basse-cour en Cerdagne française et espagnole. Elle a consisté en la réalisation d’une série d’enquêtes orales et d’une recherche historique sur les deux Cerdagnes, suivies d’une analyse ethnologique précisant : l’implantation des jardins, les espèces végétales cultivées, les techniques et les pratiques en usage, les modes d’acquisition, de transmission, d’érosion et de création des savoirs. Les résultats de la recherche ont servi de base à l’exposition "Jardin potager et basse-cour : jardin de femme", présentée au Musée de Cerdagne, à Sainte-Léocadie, au cours de l’été 2003 et à la préparation d’un ouvrage à paraître en 2005. D’autre part, dans le cadre du PCR Cerdagne "Estivage et structuration sociale d’un espace montagnard" coordonné par Christine Rendu(UMR 5136 du CNRS), Maryse Carraretto a travaillé sur la thématique "Lieux et gestes : des cueillettes aux jardins". En parrallèle aux travaux de l’archéologue Marie-Pierre Ruas (UMR 5136) menés sur des restes de graines et de fruits carbonisés de deux sites médiévaux de Cerdagne et du Capcir pour mieux appréhender les formes d’exploitation conduites par les occupants de ces milieux, l’enquête encore en cours sur les jardins potagers et les pratiques de cueillette en Cerdagne, permet de mieux caractériser dans la longue durée les systèmes culturaux de cette région de montagne.

Savoirs en pratique, savoirs enseignés.

Dans le cadre d'une étude menée dans un centre de contrôle de la navigation aérienne auprès de deux catégories de personnels (les contrôleurs et les ingénieurs chargés de la maintenance des systèmes de contrôle), Pascale Baboulet-Flourens a analysé les modes d'utilisation des écrits procéduraux qui sont officiellement les supports des savoirs et des savoir-faire de ces deux catégories, en mettant en rapport les diverses modalités d'utilisation et de transmission avec, d'une part, les contraintes inhérentes au métier et, d'autre part, les représentations que ces personnels ont des écrits procéduraux. Les jeux identitaires et les hiérarchies implicites qui structurent les personnels de ce centre de contrôle sous-tendent en partie les représentations des écrits et l'utilisation qui en est faite. Elle s’est intéressée aussi à l'écriture comme technique de restitution des savoir-faire. L'approche est ici d'ordre cognitif. Nombre de savoir-faire actualisés par l'acte de mise en application (qu'il s'agisse des contrôleurs ou des ingénieurs), ne peuvent être fixés (et donc transmis) par leur mise par écrit et par une formulation dans les termes généraux qui caractérisent les écrits réglementaires que sont les procédures. Outre le rapport remis au commanditaire, deux articles sont en cours de publication.
Dans son livre, Le parler des dieux, Marine Carrin montre comment le discours rituel obéit à certaines contraintes cognitives qui permettent de comprendre comment la causalité est construite. L’analyse souligne l’importance du savoir tacite dans la communication ritualisée. Marine Carrin montre que les récurrences observées permettent de proposer des généralisations visant à évaluer l’importance du modèle analogique dans un système de savoir particulier (prêtre, guérisseurs, lettrés) qui mobilise l’évocation symbolique en réinventant la tradition. Pour étudier la genèse de ce savoir, Marine Carrin a écrit avec Harald Tambs-Lyche, l’histoire d’une mission protestante chez les Santal : A Peripheral Encounter.
Djallal Heuzé, arrivé au Centre en septembre 2002, s’est intéressé à la transmission des savoirs artisans en Inde. Il a travaillé sur les charpentiers de marine et pêcheurs du Gange avant de poursuivre sa recherche avec les constructeurs de bateaux marins hauturiers (Palghar). L'appréhension des techniques, les modes d'appréhension de l'objet et des savoir-faire qui l'accompagnent, sont au centre de sa problématique. L'approche du système éducatif de l'union indienne est un axe premier parmi les recherches en cours de Djallal Heuzé. Cinq étudiants travaillent sous sa direction sur des problématiques reliées. Il s'intéresse particulièrement au défi posé par l'éducation dans un univers dominé à la problématique de libération par l'école développée par les mouvements d'ex-intouchables, au rôle de l'école dans l'affirmation nationaliste hindoue, aux problèmes d'histoire, de mathématiques et de techniques "nationales" tels qu'ils sont posés en Inde (et au Mexique). Les problématiques de laïcité de l'Union indienne, qui sont d'une rare complexité, ont été le sujet de plusieurs articles publiés ou en voie de publication. Les imaginaires de la jeunesse scolarisée, les dérives liées au chômage, les consciences du chômage relatives à l'école et au statut qui dérive de l'éducation, forment un autre axe, abordé au cours de l'ensemble de ces recherches. Parallèlement, il a étudié, avec le concours de doctorants et en collaboration avec un centre de recherche de Pune (Inde) la formation professionnelle en instituts et les procédures de formation des syndicalistes en Inde. Par ailleurs, la reformulation des langages, national et régionaux de l'Inde, avec leur standardisation et leur différenciation, est le sujet de publication de deux articles récents.
Jean-Luc Poueyto, après avoir longtemps travaillé sur le rapport des Manouches à l’écriture (thèse de doctorat en cours de publication, organisation de rencontres nationales sur le thème en rapport avec les recherches sur l’illettrisme) s’est intéressé à la question des savoirs et de leur transmission dans le cadre de l’opposition, et bien souvent du conflit, entre savoirs enseignés à l’école ou dans les centres de formation et savoirs tels qu’ils sont mis en pratique dans des expériences professionnelles de jeunes Manouches.
Dominique Blanc a pour sa part participé, en 2001-2003, à plusieurs groupes de réflexion sur l’observation des pratiques de transmission des savoirs en milieu scolaire. D’abord en collaboration avec le département de didactique des disciplines de l’Institut National de la Recherche Pédagogique, dans le cadre du GERI (Groupe Européen de Recherche Interdisciplinaire) sur "les usages et l’appropriation de l’écrit" (séminaire mensuel) où il a confronté les apports récents de l’anthropologie de l’écriture (notamment dans les travaux antérieurs du Centre d’Anthropologie) à ceux de la sociologie de la sociolinguistique, de l’histoire et de la psychologie, disciplines représentées par les autres membres du groupe. Après le rapport remis en 2001, ces recherches ont donné lieu à des articles (sous la forme de chapitres d’ouvrages collectifs). Dans le prolongement, il a participé aux débats en cours avec des didacticiens aussi bien sur la question de l’enseignement de l’oral et de l’écrit que sur la question de l’observation des pratiques effectives. Il a tenté de faire valoir la spécificité de l’approche anthropologique en tentant de remettre en question la tendance à appeler "ethnographie" toute observation directe des situations de transmission des savoirs, y compris quand elle ne s’appuie pas sur les concepts, les objets et les méthodes de l’anthropologie (voir publications). En 2001-2003, Dominique Blanc a été associé aux travaux de l’équipe interdisciplinaire constituée dans le cadre de l’opération nationale et européenne "Ecole et science cognitive", soutenue par la Direction de la Recherche du Ministère de l’Éducation Nationale. Sous la direction de Michel Fayol et Pierre Barouillet, l'équipe a été chargée de réaliser une synthèse internationale sur le thème : "Savoirs et savoir-faire arithmétiques". La contribution de Dominique Blanc, reprise dans le rapport final et dans le chapitre de l’ouvrage publié à la suite, a consisté essentiellement en une relecture de l’ensemble des travaux des ethnologues sur la question du nombre et du calcul dans les sociétés ou les groupes, avec ou sans écriture, qu’ils étudient où il apparaît que la théorie sous-jacente s’est appuyée jusqu’à aujourd’hui sur une conception de la cognition plus proche de Lévy-Bhrul que de Lévi-Strauss ou bien, dans le cas où une approche expérimentale a été tentée, plutôt dans la continuité de la psychologie piagétienne que de l’anthropologie cognitive. Par contre, les travaux les plus récents sur la cognition en situation laissent augurer une reformulation des problématiques.

Transmissions

Noria Boukhobza a interrogé d’une part les modalités de transmission des valeurs culturelles et des savoirs féminins sur trois générations de femmes en contexte migratoire et de l’autre l’éducation des filles au sein des familles d’origine maghrébine, les deux étant étroitement liés. Ses deux terrains privilégiés (Clermont-Ferrand et Toulouse) révèlent les distorsions opérées sur les rites importés, influencés à la fois par des facteurs extrinsèques, l’organisation du temps de travail, la mixité culturelle dans les quartiers résidentiels et par des facteurs intrinsèques, la temporalité propre des rites qui se perdent dans le pays d’origine et l’évolution du statut de la femme au Maghreb. Ce travail contribue à la compréhension de la tension vécue par ces enfants d’émigrés dans ce qui apparaît comme un détournement de leur destin : entre quête du bonheur individuel et exaltation de l’honneur et de la continuité de la lignée, ou encore entre volonté de poursuivre des études et le devoir de fonder une famille, pour les filles en particulier. Cette recherche a mis l’accent sur les stratégies matrimoniales adoptées par les jeunes filles issues de l’immigration contraintes de répondre aux injonctions sociales mais soucieuses de préserver leur identité.
Yoanna Rubio, allocataire de recherche, a d’abord étudié dans son travail de DEA les rapports aux savoirs écrits et aux savoirs scolaires des jeunes filles d’une communauté gitane, ce qui lui a permis de montrer, au-delà du fossé entre les normes culturelles du groupe et les normes de la culture scolaire, renforcé par les a priori de l’institution, comment les adolescentes s’appropriaient les pratiques d’écriture intime en usage parmi leurs condisciples mais en les "gitanisant" (album personnel devenant album de famille, amour des jeunes "cousins" se substituant à l’amour de partenaires fictifs, création et circulation des écrits dans le cercle étroit des "cousines" gitanes n’attribuant un intérêt à l’écriture que dans le cadre non-utilitaire du "sentimental"). Dans le prolongement de ce premier travail, la recherche pour le Doctorat, initiée en 2003 s’intéresse toujours à la circulation et à la transmission des savoirs et des savoir-faire dans la communauté mais en mettant en avant ce qui est apparu essentiel en avançant dans l’analyse : la transmission et la reconstruction permanente des façons de dire et des façons de faire qui constituent une "gitanitude" faite d’emprunts permanents aux modes de vie de la société environnante passés aux cribles des valeurs communautaires qui peuvent ou non se négocier dans le cadre de la "modernité".
Marine Carrin publie avec Soren et Andersen une anthologie de textes santals From fire-rain to Insurrection qui rend compte du passage à l’écrit et des réinterprétations auxquelles il a donné lieu. Ces documents apportent la réponse santal à la colonisation et à l’évangélisation en suscitant un mouvement identitaire qui a perduré jusqu’aux revendications politiques d’aujourd’hui comme le montre la création de l’Etat du Jharkhand. Les remodelages étatiques et les émergences des basses castes et des tribus ont donné lieu à un volume collectif (Carrin et Jaffrelot, 2002). Un second ouvrage (avec Harald Tambs-Lyche) concernant les reformulations identitaires est sous presse.








 


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