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LES INVITES DU SEMINAIRE D'ANTHROPOLOGIE GENERALE 2005-2006 
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LES CONFERENCIERS INVITES EN 2005-2006

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Philippe DESCOLA

Charles MALAMOUD

Martine SEGALEN

Jean-Loup AMSELLE

Jean-Pierre OLIVIER DE SARDAN


[Présentation et bibliographies : dérouler la page]

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DECEMBRE 2005



Philippe DESCOLA
Professeur au
Collège de France





était l'invité du Séminaire d'Anthropologie Générale du Centre d'Anthropologie pour le mois de décembre.

Philippe Descola a animé :
- Un séminaire avec les chercheurs et les doctorants le vendredi 2 décembre à 14h.
- Une présentation de son ouvrage à la librairie OMBRES BLANCHES
le vendredi 2 décembre à 18h.

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Philippe Descola est professeur au Collège de France. Il occupe la chaire d’anthropologie de la Nature [lien]. Il dirige aussi le Laboratoire d’Anthropologie Sociale au Collège de France [lien]; il est directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Il est notamment l'auteur du livre Les Lances du crépuscule (Plon, coll. " Terre humaine ", 1993).
[Voir Bibliographie en bas de page]

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Conférences en ligne:


Invariants anthropologique et diversité culturelle
Conférence à l'Université de tous les savoirs
Cliquer ici pour écouter-voir la conférence : [lien]

Les natures du monde
Conférence à la Cité des Sciences 1 (2004)
Cliquer ici pour écouter-voir la conférence : [lien]

Les frontières de la société
Conférence à la Cité des Sciences 2 (2004)
Cliquer ici pour écouter-voir la conférence : [lien]

Des mondes étrangers
Conférence à la Cité des Sciences 3 (2004)
Cliquer ici pour écouter-voir la conférence : [lien]


Séminaires en ligne:

Perceptions du sauvage et du domestique
Séminaire de l'EHESS (2003)
Cliquer ici pour écouter-voir le séminaire : [lien]

Rapport à l'environnement et degré d'anthropisation
Séminaire de l'EHESS (2003)
Cliquer ici pour écouter-voir le séminaire : [lien]


Dernier ouvrage paru:

PAR DELA NATURE ET CULTURE
Gallimard, 2005.

Seul l'Occident moderne s'est attaché à classer les êtres selon qu'ils relèvent des lois de la matière ou des aléas des conventions. L'anthropologie n'a pas encore pris la mesure de ce constat : dans la définition même de son objet - la diversité culturelle sur fond d'universalité naturelle -. elle perpétue une opposition dont les peuples qu'elle étudie ont fait l'économie. Peut-on penser le monde sans distinguer la culture de la nature ?
Philippe Descola propose ici une approche nouvelle des manières de répartir continuités et discontinuités entre l'homme et son environnement. Son enquête met en évidence quatre façons d'identifier les " existants " et de les regrouper à partir de traits communs qui se répondent d'un continent à l'autre : le totémisme, qui souligne la continuité matérielle et morale entre humains et non-humains ; l'analogisme, qui postule entre les éléments du monde un réseau de discontinuités structuré par des relations de correspondances ; l'animisme, qui prête aux non-humains l'intériorité des humains, mais les en différencie par le corps ; le naturalisme qui nous rattache au contraire aux non-humains par les continuités matérielles et nous en sépare par l'aptitude culturelle. La cosmologie moderne est devenue une formule parmi d'autres. Car chaque mode d'identification autorise des configurations singulières qui redistribuent les existants dans des collectifs aux frontières bien différentes de celles que les sciences humaines nous ont rendues familières. C'est à une recomposition radicale de ces sciences et à un réaménagement de leur domaine que ce livre invite, afin d'y inclure bien plus que l'homme, tous ces " corps associés " trop longtemps relégués dans une fonction d'entourage.

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ENTRETIEN : Le monde plié en quatre

Par Natalie LEVISALLES
LIBERATION : jeudi 17 novembre 2005


les Achuar vivent au bord de la rivière Kapawi en Amazonie, nous apprend l'anthropologue Philippe Descola. Parmi les «existants» qui peuplent leur monde, certains respectent les mêmes règles matrimoniales qu'eux et leur sont donc très proches : les esprits de la rivière, mais aussi le singe laineux ou le manioc. Ils se sentent moins d'affinités avec le singe hurleur et le chien, qui se complaisent dans la promiscuité sexuelle, et moins encore avec les esprits des morts, le jaguar et l'anaconda, qui ont malgré tout leur utilité : les chamans les utilisent pour combattre leurs ennemis. Jeune anthropologue, Descola a vécu trois ans parmi les Achuar. De ce séjour, il a tiré une thèse (dirigée par Claude Lévi-Strauss) et, en 1993, un livre passionnant, érudit et subjectif, les Lances du crépuscule («Terre humaine», Plon). Cette fois, ce petit peuple de 6 000 individus lui fournit le point de départ d'une réflexion sur l'humanité tout entière. Comment les groupes humains perçoivent-ils le monde et quelles conséquences cela a-t-il sur l'organisation des sociétés ? Philippe Descola, aujourd'hui titulaire de la chaire d'anthropologie de la nature au Collège de France, nous affirme que l'opposition nature/culture n'existe que dans l'Occident moderne. Il nous montre comment le concept de nature est à l'origine d'une cosmologie ­ une organisation du monde ­ très particulière, qu'il qualifie de «naturaliste». Cosmologie qui, à son tour, a permis l'émergence de productions culturelles dont la plus typique est la science. A l'appui de sa démonstration, Descola va chercher des références chez Kant et Husserl, il nous emmène chez les pasteurs mongols, les astrologues indiens et les défenseurs des droits des animaux, pour nous ramener chez les dames qui parlent à leurs rosiers. Parce que, dit-il, renoncer à plaquer notre cosmologie sur le reste du monde, «pousser à son amplitude maximale la fonction de décentrement qu'a toujours eue l'anthropologie» est notre seule chance de comprendre ce qui se passe ailleurs. C'est aussi une occasion unique de porter un regard neuf sur notre monde à nous.

Quel est le point de départ de votre réflexion?

Cela fait quinze ans que moi et d'autres, nous disons, un peu timidement au début : quand même, cette opposition entre nature et culture, on n'en trouve pas vraiment la trace ailleurs ; c'est un échafaudage extrêmement important pour la construction de la modernité en Occident, mais c'est probablement un échafaudage. On le dit, on l'écrit même, mais, à ma connaissance, personne n'avait essayé de le démontrer. Ce livre commence donc par déconstruire l'idée que la séparation entre la nature (les animaux, les plantes) d'un côté, les productions humaines (la culture, la société) de l'autre, est universelle. Je montre ensuite que la distribution des entités et de leurs propriétés est différente dans d'autres régions du monde. Et j'essaie de comprendre les principes de construction des ontologies et des cosmologies au sein desquelles évoluent les sociétés humaines.

Une ontologie est un système de distribution de propriétés. On donne telle ou telle propriété à tel ou tel «existant», que cet existant soit un objet, une plante, un animal ou une personne. Une cosmologie, c'est le produit de cette distribution des propriétés, une organisation du monde au sein de laquelle des existants entretiennent un certain type de relations. L'objectif de ce livre est de remettre en question non seulement l'opposition nature/société, mais aussi la manière dont nous, chercheurs en sciences humaines et sociales, pensons les objets sociaux. Par exemple, notre cosmologie considère que partout il y a de la société. Du coup, lorsqu'on est confronté à un «collectif» dans lequel les animaux et les plantes ont également une organisation sociale, ou à un autre dans lequel plantes et animaux font partie d'une totalité qui inclut aussi des divinités et des esprits, on a beaucoup de mal à comprendre leur organisation.

A l'opposition nature/culture, vous substituez l'opposition intériorité/physicalité.

Autant le dualisme nature/culture me paraît une construction récente, autant ce contraste entre intériorité et physicalité me paraît universel. Contrairement à ce qu'on a souvent dit, la distinction corps/esprit n'est pas spécifique à l'Occident. L'ethnographie nous montre qu'on trouve partout, notamment dans les lexiques, un contraste entre ces deux plans. Et, nulle part, on ne trouve de conception de la personne humaine vivante normale qui soit une intériorité sans physicalité ou une physicalité sans intériorité. L'intériorité est ce qui donne animation et conscience à la personne, on la connaît par ses effets et on peut la déceler chez des existants non humains. La physicalité, c'est la dimension matérielle, organique, des existants humains et non humains : la forme extérieure, les fonctions biologiques...

A partir de là, il n'y a pas 36 000 façons de voir les relations entre existants, en fait il y en a quatre. Si un homme considère qu'un élément du monde lui ressemble par l'intériorité mais diffère par la physicalité, il est dans un système que j'ai appelé l'animisme. Si cet élément diffère de lui par l'intériorité et lui est semblable par la physicalité, c'est le naturalisme. S'il est semblable sur les deux plans : c'est le totémisme. S'il est différent sur les deux plans, c'est l'analogisme.

L'animisme est le système dans lequel vivent les Jivaros Achuar avec lesquels j'ai longtemps travaillé. Pour eux, une grande partie des existants non humains (animaux et plantes) ont les mêmes propriétés que les humains, on peut avoir avec eux des relations sociales : les femmes sont les «mères» des légumes qu'elles cultivent, les hommes les «beaux-frères» des animaux qu'ils chassent. Une des caractéristiques de l'animisme est aussi la mythologie, en particulier ce que Lévi-Strauss appelle la mythologie implicite : tout ce qui concerne l'interprétation des rêves, ou la justification de certaines activités rituelles, comme la chasse. L'animisme est très répandu chez les Indiens d'Amérique, mais on le trouve aussi en Malaisie, au Vietnam ou chez les Pygmées.

Le totémisme se caractérise par des récits très particuliers, des récits de fondation qui expliquent les distributions de propriétés. Dans un système totémique, les humains et les autres existants qui appartiennent au même totem partagent les mêmes traits physiques et psychiques. L'analogisme, c'est le système qui gouverne ces énormes ensembles que sont la Chine, l'Inde, l'Afrique de l'Ouest. On le trouvait aussi chez les Aztèques du Mexique, et en Occident, jusqu'à la Renaissance.

Et l'Occident est aujourd'hui naturaliste ?

La société occidentale est passée de l'analogisme au naturalisme. L'analogisme, c'est l'idée que le monde est constitué d'une infinité de singularités, et comme un tel monde est difficile à penser et à vivre, il faut trouver des correspondances entre toutes ces singula rités, par analogie. Pour cela, il existe toutes sortes de dispositifs, intellectuels ou institutionnels : la hiérarchie, les sociétés d'ordres dans l'Ancien Régime, le système des castes en Inde. Ces systèmes permettent d'organiser la multiplicité des singularités dans un dispositif qui canalise la différenciation. Ce système était encore celui de la Renaissance. Par une série d'opérations qu'on connaît dans les grandes lignes, on est passé au naturalisme entre le XVIIe et le XVIIIe, au moment de la révolution scientifique. Pourquoi ce passage s'est-il opéré ici, et pas dans les autres grands systèmes analogiques que sont la Chine, l'Inde ou le monde arabe ? C'est un grand problème de l'histoire des idées.

Le naturalisme de l'Occident n'est pourtant pas un système pur.

Ce n'est pas la peine d'aller chercher très loin pour trouver dans la société occidentale des poches d'animisme, d'analogisme ou de totémisme. Regardez la vogue de l'astrologie : il y a là quelque chose de parfaitement analogique. L'idée d'une action à distance et d'une correspondance entre une destinée individuelle et le mouvement d'un corps céleste est caractéristique. On ne trouve d'ailleurs d'astrologie que dans les systèmes analogiques. Pour le totémisme, pensez au nationalisme, au génie du lieu. On a un groupe de personnes nées dans un endroit du monde : ce groupe est tellement identifié aux animaux, aux plantes, aux paysages de ce lieu qu'il est irréductible à quoi que ce soit d'autre. Ce n'est pas tellement différent de ce qu'on trouve chez les aborigènes d'Australie où, à l'intérieur d'un groupe totémique, humains et non humains partagent des propriétés du même ordre. Le nationalisme dans ses formes les plus extrêmes (le génie du lieu, l'idéologie de l'identité nationale), avec un lieu comme point d'origine, que ce soit Vézelay, l'ex-Yougoslavie ou la Palestine, est effectivement une forme de totémisme. C'est pour ça que c'est tellement compliqué quand deux peuples se réclament d'un même lieu.

Quant à l'animisme, il y a quelques jours, lors d'une présentation de mon livre dans une librairie, j'expliquais que, indépendamment de ce que la science peut dire, lorsqu'on a un chien ou un chat, il est très facile de lui prêter une intentionnalité. On parle à son chat, on ne sait pas vraiment s'il comprend, mais le fait que cette interaction soit possible est une manifestation d'animisme. Et j'entends une dame qui dit : il n'y a pas que les chats, avec mes rosiers, c'est pareil. Effectivement, cela va bien au-delà d'un animal dont on peut penser que ses mouvements indiquent une intentionnalité.

Vous allez encore plus loin quand vous parlez de notre relation aux objets.

Nos relations avec les non-humains sont formatées de telle façon que ceux-ci sont bien ancrés dans leur statut de non-humains. Et pourtant, quand une voiture tombe en panne sous la pluie, on a tendance à penser qu'elle le fait exprès, et, pour jouer aux échecs avec un ordinateur, il faut lui prêter une relative forme d'intériorité. Les non-humains sont parmi nous comme ils le sont dans toute culture. Nous passons notre vie à leur prêter une intentionnalité, mais nous sommes dans cette situation bizarre où notre cosmologie nous interdit en principe de le faire, donc, officiellement, on considère qu'ils n'ont pas d'intériorité. Dans les sociétés animistes, la délégation des personnes se fait dans les animaux et les végétaux. Chez nous, elle se fait dans des objets manufacturés et les formes les plus exemplaires de l'identification animique se trouvent dans le rapport à ces objets, on ne peut pas continuer à l'ignorer. Dans notre système, il y a la société humaine, la nature, les artefacts. Notre intrication avec ces derniers est si grande qu'on ne peut pas faire d'anthropologie en les séparant des humains : il faut les traiter comme des objets légitimes de l'anthropologie, au même titre que les hommes.

Vous donnez un exemple du passage de l'animisme à l'analogisme entre l'Amérique et la Mongolie.

J'essaie de comprendre les conditions, non pas historiques mais logiques, qui permettent le passage de l'un à l'autre, en prenant comme champ d'étude un arc géographique qui va du nord de l'Amérique à la Mongolie. Un indice, en même temps qu'un instrument, de cette transition, est la transformation dans le traitement des animaux. De part et d'autre du détroit de Behring, on trouve la même espèce. En Amérique, on l'appelle caribou, en Asie renne, mais c'est le même animal. Les Indiens d'Amérique chassent le caribou, ils ne le domestiquent pas, mais ils considèrent que le caribou est domestiqué par un esprit qu'ils appellent l'homme-caribou et qui garde les caribous enfermés dans une grande caverne, les relâchant à certaines périodes de l'année pour que les hommes puissent les chasser. Quand on passe le détroit de Behring, on trouve une première transformation. Là aussi, il y a des caribous (qu'on appelle rennes), qui sont sauvages et sont gardés par des esprits dans des cavernes etc. Mais il y a aussi quelques caribous domestiqués, ou plutôt apprivoisés. En descendant de la Sibérie septentrionale vers la Mongolie, on aboutit à un système où il y a encore des éléments d'animisme, certains animaux sont dits avoir une âme avec laquelle on peut négocier, mais où le système analogique est tout à fait présent, il y a un contrôle très fort sur les animaux, qui sont domestiqués.

Dans le naturalisme, il y a de la domestication, héritée de la révolution néolithique. Mais le naturalisme a poussé très loin la domestication au sens conceptuel : à partir du moment où il y a extériorité de la nature, le contrôle qui s'exerce sur elle ­ que ce soit la nature extérieure à l'homme ou la nature de l'homme, par le dressage ou l'éducation ­ est beaucoup plus fort que dans les autres systèmes.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé au clonage ?

Ces vingt dernières années, les techniques de reproduction humaine ont incroyablement progressé. Sans compter l'évidence que quelqu'un réalisera un clonage reproductif dans un délai probablement assez court. Il y a une croissante artificialisation du vivant. Le paradoxe, c'est que cette artificialisation du vivant, qui est le produit du développement de la science, est elle-même en train de faire prendre conscience que l'opposition entre nature et culture est en partie obsolète. Elle subvertit, de l'intérieur et complètement, le mode d'identification naturaliste, et le pousse vers autre chose. Vers quoi, je ne saurais pas dire, mais elle contribue à sa dissolution. La cosmologie naturaliste a permis le développement de la science, mais la science est elle-même en train de subvertir le cadre à l'intérieur duquel cette révolution scientifique avait commencé.

Vous dites que nous allons vers une sortie du naturalisme, mais pour aller où ?

C'est toujours dangereux de faire des prédictions, mais je pense que ce vers quoi nous allons est un analogisme effectif. Dans l'empire chinois, pour parler de l'Empire du milieu, on disait «tout ce qui existe sous le ciel». Mais même les Chinois savaient que ce n'était pas tout à fait vrai : il y avait les Barbares, la périphérie, avec lesquels on se battait ou qu'on essayait d'intégrer. Aujourd'hui en revanche, on va peut-être vers un vrai collectif analogique. Avec la globalisation, la mondialisation des échanges, on voit une unification de ce type-là, non naturaliste. Et le fait que des pays comme la Chine, l'Inde ou le Japon, qui n'ont pas des cosmologies naturalistes, soient ­ déjà, ou en train de le devenir ­ des puissances scientifiques et techniques de première importance, me semble indiquer que le naturalisme est une parenthèse, et qu'on peut très bien fonctionner sur un modèle analogique étendu.

Le grand problème qui va se poser, c'est : comment faire fonctionner ce vaste collectif analogique de façon non coercitive ? Les collectifs analogiques fonctionnent parce qu'il y a de l'autorité, ce sont les guerriers qui font tenir le système des castes. Comment trouver un système qui fasse tenir cette immense collection d'existants disparates, autrement que par la hiérarchie politique et la disparité des richesses ? C'est un grand défi, auquel nous serons confrontés dans un avenir proche. Il faut être très attentif à ce qui se passe en Chine ou en Inde. Ces pays qui réussissent, plus ou moins bien, à maintenir ensemble des masses de populations aux intérêts très divers préfigurent peut-être le système dans lequel nous serons dans cinquante ans. Je pense que nous allons vers une dissolution des Etats-nations. Je ne suis pas sûr que ce soit un avenir riant, je me contente d'essayer d'apercevoir des lignes directrices.

[lien]

© Libération

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Autres ouvrages de Philippe DESCOLA

Livres personnels

La Nature domestique : symbolisme et praxis dans l'écologie des Achuar, Paris, Fondation Singer-Polignac et Éditions de la Maison des Sciences de l'Homme, 1986, 450 p.

Les Idées de l'anthropologie (avec G. Lenclud, C. Severi et A.C. Taylor), Paris, Armand Colin, 1988, 208 p.

Les Lances du crépuscule. Relations jivaros, haute Amazonie, Paris, Plon, collection ‘Terre humaine’, 1993, 506 p.

Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard,
Bibliothèque des sciences humaines.

Ouvrages dirigés

Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, Paris, PUF (avec M. Abélés, P. Bonte, J.-P. Digard, C. Duby, J.-C. Galey, M. Izard, J. Jamin et G. Lenclud), 1991, 756 p.

La Remontée de l'Amazone. Anthropologie et histoire des sociétés amazoniennes, (avec A.C. Taylor), numéro spécial de L'Homme, 126-128, avril-décembre 1993, 600 p.

Nature and Society : Anthropological Perspectives (avec G. Pálsson), Londres, Routledge, 1996, 310 p.

La Production du social. Autour de Maurice Godelier. Actes du Colloque de Cerisy (avec J. Hamel et P. Lemonnier), Paris, Fayard, 1999, 515 p.

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JANVIER 2006


Charles MALAMOUD
Directeur d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes



était l'invité du Séminaire d'Anthropologie Générale du Centre d'Anthropologie le 13 janvier 2006.


Né en 1929, CHARLES MALAMOUD, linguiste de formation, spécialiste du sanscrit, est anthropologue. Il est depuis 1977 directeur d’études pour les religions de l’Inde à l’EPHE. Il est l’auteur de nombreux livres dont Cuire le monde. Rite et pensée dans l’Inde ancienne (La Découverte, 1989), qui vient d’être réédité, et Le Jumeau solaire (Seuil, 2002).

LA DANSE DES PIERRES. Etudes sur la scène sacrificielle dans l'Inde ancienne (Seuil)

L'ouvrage porte sur la notion de "scène" dans le rituel et la mythologie de l'Inde. Certains moments des cérémonies ou des récits mythiques sont des "scènes" par leur intensité dramatique, leur cadre et surtout par le regard que porte sur eux un personnage : regard qui les cerne et règle les conditions de notre propre vision. Il s'agit d'analyser l'élément "scénique" du "drame sacrificiel" et aussi de montrer en quel sens, selon quelles modalités, ce drame est une "représentation". Plusieurs des scènes ainsi reconnues relèvent de la "scène primitive" de la psychanalyse. Les données sont principalement des textes. Mais Charles Malamoud a aussi observé une cérémonie sur le terrain en 1990. Le titre vient du commentaire d'un poème védique qui décrit comme une "danse" le mouvement des pierres avec lesquelles les hommes écrasent les tiges de la plante soma pour en extraire la boisson d'immortalité qu'ils offriront aux dieux.

Récemment paru: Féminité de la parole (Albin Michel)

La déesse Parole est une des grandes divinités de l'Inde védique, révérée de nos jours encore sous la figure de Sarasvatî. Elle personnifie à la fois la faculté de parler et cette manifestation primordiale du langage qu'est, pour la tradition indienne, le texte du Veda. Elle est aussi la puissance qui accorde aux poètes inspirés le talent de créer leurs poèmes. Constamment invoquée dans les cérémonies rituelles, elle est l'héroïne d'une mythologie foisonnante qui met en évidence sa nature féminine. Elle est la partenaire indispensable du Sacrifice, c'est-à-dire de l'ensemble des rites. La conjonction du Sacrifice masculin et de la Parole féminine est un aspect essentiel et déterminant de la grande répartition sexuelle des êtres, des objets et des actes, suivant le genre grammatical du nom qui les désigne. Charles Malamoud, dans les études rassemblées ici, s'efforce de comprendre les liens que la spéculation indienne établit entre féminité et parole et la manière dont elle décrit le rapport entre vérité et fausseté, silence et expression.
Les quatorze textes de cet ouvrage traitent d'un thème jusque-là très peu étudié : la parole. Tout d'abord la parole qui désigne la faculté de parler en général ; puis la parole par excellence qui désigne la révélation védique, quintessence du savoir ; et enfin la parole anthropomorphe et divinisée, figure féminine et figure de la féminité.
La première partie de l'ouvrage décrit les aventures de la Parole dans la mythologie, ses modes d'apparition et de décomposition, son statut "pluriel" par opposition au masculin singulier. La seconde partie étudie la Parole en tant que partenaire privilégiée du rite, ses modalités et ses fonctions dans le sacrifice, clé de voûte des spéculations védiques sur le monde. Ces deux parties distinctes sont séparées par un essai qui invite à prendre la mesure du fait religieux dans son universalité à travers l'oeuvre de Freud et le rapprochement entre les découvertes du savant et certains concepts indiens sur la psychologie et la société humaines.
La polysémie de la parole se dévoile successivement au fil de l'ouvrage, dans les différentes partitions offertes par ces textes sanscrits anciens, se répondant sur le modèle d'une fugue.

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FEVRIER 2006


Martine SEGALEN
Professeur à l'Université
Paris X - Nanterre





était l'invitée du Séminaire d'Anthropologie Générale
du Centre d'Anthropologie le 3 février 2006

Elle a animé :

[à 14h, une conférence : "D'UN MUSEE NATIONAL A UN MUSEE D'EUROPE : continuités et ruptures dans les rapports entre musée et ethnologie"

à 18h à la Librairie Ombres Blanches : la présentation de son ouvrage Vie d'un Musée 1937-2005]


Directrice pendant dix ans du Centre d'ethnologie française rattaché au musée des Arts et Traditions populaires, Martine Segalen retrace l'histoire de cette prestigieuse institution, qui commence dans les années trente, ouvre ses portes en 1972 grâce à la puissance visionnaire de son créateur, Georges-Henri Rivière, et ferme définitivement au printemps 2005 : un livre au ton très personnel sur la fin d'une aventure, illustrant la crise du patrimoine et l'impasse de l'Europe sur le sujet.


Le Patrimoine et l'Europe

[Un texte de Martine Segalen emprunté au Journal du CNRS]

Les années patrimoine sont révolues. Un quart de siècle après l'Année du « patrimoine », au cours de laquelle le ministre de la Culture, prenant acte de la vigueur de la revendication des identités locales et régionales, invitait les Français « à en assumer la responsabilité collective » et « à ne jamais laisser s'affaiblir le sentiment populaire d'attachement pour le patrimoine », le soufflé est retombé. La fermeture du musée national des Arts et Traditions populaires à Paris en juin 2005 pour en faire un musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée à Marseille en est un signe, qui s'inscrit dans le paysage bouleversé des musées d'ethnologie.

Dans tous les pays d'Europe, le constat est identique : désintérêt pour les musées d'ethnologie du soi, profonde remise en cause de ceux qui traitent des civilisations « autres ». Le musée du quai Branly, constitué par les collections du musée de l'Homme et du musée des Arts d'Afrique et d'Océanie, qui présentera en février 2006 ses collections revues sous un angle esthétisant, est un bon exemple de cette mutation. Ce musée manifestera – au-delà de la volonté d'un président de la République de marquer de son empreinte le Paris de la culture – le nouveau regard posé sur le patrimoine de l'« Autre » : en faisant rebasculer dans le domaine de l'esthétique des collections auxquelles on avait demandé de raconter les sociétés dont elles étaient issues, l'État les dote du statut « d'œuvre », plus valorisant que celui de « document ». Bref, « leur » patrimoine – non plus populaire, mais artistique – permet de manifester « notre » génie. La boucle est bouclée par rapport aux débuts du concept de beaux-arts. C'est à la Révolution que la notion de patrimoine – artistique uniquement – prend forme, notamment en réaction contre les destructions de biens de l'Église et de la noblesse. Il s'agit de conserver les œuvres du passé afin de créer un ensemble de références communes au peuple, et l'État est chargé de veiller sur elles.

L'inscription du musée national des Arts et Traditions populaires au sein d'un ministère qui ne voyait la culture française qu'à travers les beaux-arts était donc un défi. Fondé par Georges-Henri Rivière (GHR) en 1937 et ouvert en 1972, ce musée se voulait avant tout une institution fondée par et sur la recherche (en association avec le CNRS). Bien qu'il fût « national » – au sens institutionnel du terme [1] –, il ne fut jamais chargé de représenter la nation, dont l'identité s'exprimait bien plus dans les grands musées de beaux-arts ou les monuments. On y conduisait une recherche ethnologique sur les cultures et les sociétés rurales françaises. Si l'on ne parlait guère « patrimoine » aux ATP [2], leur rôle a néanmoins été déterminant dans l'élargissement de cette notion au cours des années soixante-dix et quatre-vingt. L'engouement pour les musées dits « de société » est issu des mouvements sociaux agitant alors la France [3]. Grâce au dynamisme de nombreuses associations locales, s'ouvrent sur tout le territoire des « musées de société » ou écomusées de la Mine, de la Verrerie ou du Textile, au cours de la décennie 1985-1995. Le patrimoine s'élargit afin de recueillir le témoignage de la culture et de la peine des hommes. Certains fustigent alors l'abandon de l'État, qui a transféré aux collectivités locales, grâce aux lois de décentralisation, le pouvoir de désigner ce qu'est le patrimoine, substituant des mémoires minoritaires et plurielles à la mémoire nationale. Qu'il incarne une identité nationale ou régionale, le patrimoine est en crise, en France comme en Europe, et la convergence de la fermeture de musées nationaux pour se transformer en musées européens est tout à fait frappante. Tous se heurtent à la même double impasse :

– comment incarner le patrimoine de l'Europe et lequel ? Les responsables de ces institutions en devenir à Marseille, Bruxelles, Turin ou Berlin ne savent que montrer. À Berlin, on recycle les vieilles collections du musée de Volkskunde ; à Marseille, on s'interroge sur les futures présentations et la fonction des collections rassemblées par GHR.

– pourquoi l'Europe ne s'appuie-t-elle pas sur ses musées pour bâtir cet esprit de communauté dont les politiques nous parlent tant ? Le désintérêt se manifeste dans l'absence de soutien financier.

Outre le musée du quai Branly, le seul projet qui avance rapidement est celui de la cité de l'Immigration, qui s'installe dans les magnifiques fresques coloniales du musée des Arts d'Afrique et d'Océanie : on y réhabilite la culture des immigrés dans un geste de repentance politiquement correct relatif au colonialisme français au Maghreb et en Afrique. C'est là notre nouveau patrimoine national, pour autant qu'il se traduit dans un franc soutien du politique. Quant au patrimoine des cultures populaires, peut-être trouvera-t-il à s'exprimer sur de nouvelles bases régionales transfrontalières. Mais pour l'heure, l'Europe du patrimoine est en panne.
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1. C'est-à-dire sous la tutelle de la Direction des musées de France.
2. Arts et traditions populaires.
3. Qui, après une période ininterrompue de développement économique et de modernisation rapide, connaissait une sorte de « gueule de bois nationale ».

[Le Journal du CNRS, mai 2005]

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Ouvrages de Martine Segalen :

SEGALEN Martine, 2003, Eloge du mariage, Paris, Gallimard , coll. Découvertes.

SEGALEN Martine, ATTIAS-DONFUT Claudine, LAPIERRE Nicole, 2002, Le nouvel esprit de famille, Paris, Odile Jacob, 294 p.

SEGALEN Martine (dir.), 2001, Ethnologie : concepts et aires culturelles, Paris, Armand Colin, Coll. Sociologie, 320 p.

SEGALEN Martine, ATTIAS-DONFUT Claudine (eds), 2001 Le siècle des grands-parents. Une génération phare ici et ailleurs, Paris, Autrement, Coll. Mutations, n° 210, 246 p.

SEGALEN Martine, 1998, Grands-parents. La famille à travers les générations (avec Claudine Attias-Donfut). Paris, Odile Jacob, 330 p.

SEGALEN Martine, 1998, Rites et rituels contemporains. Paris, Nathan, coll. 128, 127 p.

SEGALEN Martine, BROMBERGER Christian (eds.), 1996, Culture matérielle et modernité. Ethnologie française, tome XXVI, n° 1.

SEGALEN Martine, GULLESTAD Marianne, (dirs.), 1995, La famille en Europe, parenté et perpétuation familiale. Paris, La Découverte, 250 p. [traduction anglaise Family and kinship in Europe. London, Cassell, 1997].

SEGALEN Martine, 1994, Les enfants d'Achille et de Nike. Une ethnologie de la course à pied ordinaire. Paris, Métailié.

SEGALEN Martine, RAVIS-GIORDANI G. (dir.), 1994, Les cadets. Paris, Presses du CNRS.

SEGALEN Martine, LE WITA Béatrix (dirs.), 1993, Chez Soi. Objets de décors : des créations familiales ?. Autrement, série Mutations, n° 137.

SEGALEN Martine (dir.), 1991, Jeux de familles. Paris, Presses du CNRS.

SEGALEN Martine, 1990, Nanterriens : les familles dans la ville. Une ethnologie de l'identité. Toulouse, PUM.

SEGALEN Martine (dir.), 1989, L'autre et le semblable. Regards sur l'ethnologie des sociétés contemporaines. Paris, Presses du CNRS.

SEGALEN Martine, BURGUIERE A., KLAPISH-ZUBER Ch., ZONABEND F. (dirs.), 1986, Histoire de la famille, t. 1, Mondes lointains, mondes anciens, t. 2, Le choc des modernités. Paris, Armand Colin. [publié en italien chez Mundadori, et en espagnol chez Alianza, 1988 ; Le livre de poche, 1994].

SEGALEN Martine, 1986, Ethnologie de la France. (en collaboration avec Jean Cuisenier). Paris, PUF, coll. Que sais-je ?, n° 2307. [traduction japonaise, 1991, 2e édition, 1993].

SEGALEN Martine, 1985, Quinze générations de bas-bretons. Parenté et société en pays bigoudin sud (1720-1880). Paris, PUF. [traduction anglaise : Fifteen generations of Bretons. Kinship and society in lower Brittany, Cambridge : Cambridge University Press, 1991].

SEGALEN Martine, 1981, Sociologie de la famille. Paris : Armand Colin. [couronné en 1982 par le prix Joseph Saillet de l'académie des Sciences Morales et Politiques; traduit en anglais sous le titre Historical anthropolgy of the family, Cambridge : Cambridge University Press, 1986; et en japonais, Tokyo, 1987] ; 2e édition révisée et augmentée, Paris, Armand Colin, 1988. [traduction allemande Die familie, Geschichte, Soziologie, Antropologie, Campus Verlag, Francfort, 1990; traduction espagnole, Anthropologia historica de la familia, Taurus Universitaria, Ciencias sociales, 199] ; 3è édition entièrement révisée, 1993 ; 4e édition, 1996 ; 5e édition 2000.

SEGALEN Martine, 1980, Mari et femme dans la société paysanne. Paris : Flammarion. [traduit en anglais sous le titre Love and power in peasant society, Oxford : Basil Blackwell, et Chicago, Chicago University Press, 1983; publié en japonais à Tokyo : Shin Hyroron].

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MARS 2006







Jean-Loup AMSELLE
directeur d'études à l'EHESS










était l'invité du Séminaire d'Anthropologie Générale du Centre d'Anthropologie le 10 mars 2006 pour une conférence :

DE LA DECONSTRUCTION DE L'ETHNIE AU BRANCHEMENT DES CULTURES]

[Cette conférence a bénéficié d'une traduction en langue des signes dans le cadre du programme Rencontres en langue des signes de l'EHESS]


Spécialiste de l'Afrique, rédacteur en chef des Cahiers d'études africaines, publiés par l'Ecole des Hautes études en sciences sociales (EHESS), Jean-Loup Amselle est l'auteur, avec Elikia Mbokolo, d'un ouvrage paru en 1985 qui a durablement marqué la réflexion universitaire sur la notion d'ethnie, en Afrique et ailleurs. Dans Au cœur de l'ethnie, les auteurs s'attachaient à démontrer que la fortune rencontrée par le terme d'ethnie (devenu un référent universel et du même mouvement le facteur privilégié d'explication de maints conflits surgis au XXe siècle, notamment en Afrique), correspond peu ou prou à un fantasme... mais un fantasme, il est vrai, qui a une histoire.

Entretien en ligne:

Logiques métisses et branchements : anthropologie de l'identité en Afrique et ailleurs

Enregistré pour les Archives Audiovisuelles de la Recherche

Cliquer ici pour écouter-voir la conférence : [lien]


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Publications

Ouvrages

Logiques métisses : anthropologie de l'identité en Afrique et ailleurs, Paris, Éd. Payot, 1999 [éd. revue et augmenté, 1e éd. 1990], 257 p. Trad. américaine : Mestizo logic. Anthrophology of identity in Africa and Elsewhere, Standford, Standford University Press, 1998. [Traduit aussi en italien et en grec].

Vers un multiculturalisme français : l'empire de la coutume, Paris, Champs Flammarion, 2001 [éd. revue et augmentée, 1e éd. 1996, Aubier], 179 p. Trad. américaine : Affirmative Exclusion, Cultural Pluralism and the Rule of Custom in France, Ithaca, Cornell University Press, 2003. Abstract

Branchements : anthropologie de l'universalité des cultures, Paris, Champs Flammarion, 2005 [éd. revue et corrigée, 1e éd. 2001], 265 p.

L'art de la friche, essai sur l'art africain contemporain, Paris, Éd. Flammarion, 2005, 214 p.

Direction d’ouvrages

Maurice Delafosse : entre orientalisme et ethnographie, l’itinéraire d’un africaniste (1870-1926), avec Emmanuelle Sibeud, Paris, Maisonneuve et Larose, 1998.

• "Afriques du monde".Les Temps modernes, 2002, n° 620-621, 544 p. Sommaire

Au cœur de l'ethnie : ethnies, tribalisme et État en Afrique, avec Elikia M'Bokolo, Paris, La Découverte, 2005 [éd. revue et augmentée, 1e éd. 1985].

Bibliographie complète sur le site du Centre d'Etudes Africaines : [lien]

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AMSELLE, Jean-Loup. Branchements. Anthropologie de l'universalité des cultures. Paris, Flammarion, 2001, 265 p.


Doris BONNET

Compte-rendu paru dans les Cahiers d'études africaines n°171 : [lien]

L'ouvrage de Jean-Loup Amselle s'inscrit dans le prolongement et en réaction à son livre précédent intitulé Logiques métisses. Anthropologie de l'identité en Afrique et ailleurs (Payot, 1990, rééd. 1999). Cet ouvrage utilisait la métaphore du métissage des sociétés par opposition à la notion de « multiculturalisme » où les cultures restent appréhendées comme des entités discrètes, alors que pour l'auteur les sociétés sont d'emblée métisses, d'emblée dans un syncrétisme originaire. L'idée d'une pureté originaire est un mirage que chaque génération reproduit pour forger son identité. Branchements s'écarte de la métaphore du métissage à l'arrière-plan trop biologique -- qui suppose des entités préalablement « pures » -- pour adopter celle du branchement qui s'inspire de la mise en communication électrique, faisant valoir, par là même, le caractère ouvert de chaque culture. C'est aussi pour éviter l'idée d'une biologisation de la mondialisation ou de la racialisation des sociétés que Jean-Loup Amselle a privilégié le terme de « branchement » à celui de « société métisse ».

De plus, le métissage des cultures induit l'idée de cultures d'origine alors que l'idée de branchement cherche à casser toute idée de cloisonnement et d'étanchéité. D'un point de vue diachronique, on évite l'idée d'une pureté originelle ou d'une séparation des sociétés -- réflexion qui sera examinée dans l'ouvrage à partir du mouvement du n'ko sur lequel je reviendrai -- et, d'un point de vue synchronique, on évite l'idée d'une homogénéisation du monde actuel, l'ère du village planétaire, comme on dit, qui a la faculté de faire disparaître la question sociale. De plus en plus fréquemment, le culturel supplante la question sociale. Ainsi, la mondialisation ne place plus la culture comme un espace de communication mais comme un lieu de spécificités collectives. Elle n'entraîne pas une uniformisation culturelle mais au contraire des « guerres identitaires » ou des « guerres de cultures » (p. 19). La mondialisation aux effets culturels, ethniques ou religieux conduit, selon Jean-Loup Amselle, vers deux attitudes : soit un « choc des cultures », soit, à l'inverse, une « créolisation » du monde. Et les exemples historiques et politiques qu'il livre dans la dernière partie de l'ouvrage illustrent cet état de fait.

Ce livre représente non seulement une très bonne réflexion sur des thèmes propres à l'anthropologie -- notamment celui des identités -- mais aussi sur les méthodes de travail que tout ethnologue remet en cause à chaque nouvelle enquête, en particulier le statut du terrain. L'auteur refuse de se figer dans une observation participante de longue durée -- certes, on le savait déjà -- mais il oblige son lecteur à le suivre, en toute complicité, dans son ethnographie itinérante ; et on apprécie ce cheminement physique et intellectuel où l'anthropologue piste les racines de l'afrocentrisme entre Conakry, Le Caire et Bamako. Jean-Loup Amselle considère, du reste, que c'est le principe même de la monographie villageoise, soit celui de la micro-enquête sédentaire, plus que le fonctionnalisme malinovskien, qui a induit une déshistoricisation des sociétés étudiées par l'ethnologue (p. 29). Il fait sienne les enquêtes « multi-situées » prônées par l'anthropologue américain post-moderne George Marcus. Selon Amselle, le sédentarisme d'enquête a aussi contribué à la marginalisation de l'islam par les ethnologues des générations précédentes. L'islam représentait, en quelque sorte, pour certains d'entre eux, une bâtardisation de l'animisme. On s'écartait de ces sociétés bâtardes, à la recherche du village animiste, huis-clos non islamisé, au lieu d'admettre qu'aucune société n'est close et de tenter de comprendre les échanges que ces sociétés ont opéré bien avant la période coloniale. Là encore, on retrouve une certaine correspondance entre l'idée de culture et celle d'isolat au sens des généticiens (p. 38).

La génétique et la linguistique sont, du reste, d'après l'auteur, les deux sciences du mythe de la société-isolat avant qu'on fasse valoir le rôle de l'interaction et de l'interlocution dans la communication linguistique et les faits sociaux. La « pulsion typologique » des premiers linguistes, selon l'expression de Jean-Loup Amselle, a conduit à la recherche d'une pureté imaginaire des langues selon le même modèle que celui de la génétique des populations, toujours en référence à la notion d'un âge d'or qui n'a jamais existé. L'anthropologie, en cela, se rapprochait dans ses méthodes des sciences de la nature. Elle doit accepter de se livrer aujourd'hui, nous dit Jean-Loup Amselle, à l'étude des écrits et des images. C'est donc à partir de ces réflexions autour des identités-racines et de leurs « branchements » que l'auteur nous amène à son ethnographie itinérante au coeur de l'afrocentrisme. Car, au demeurant, le thème principal de l'ouvrage est celui de l'afrocentrisme.

Le paradigme raciologique et le thème de l'écriture sont au fondement de l'afrocentrisme. On comprend donc la réflexion qui précède. L'afrocentrisme est, en effet, l'affirmation de la race noire prônant son origine dans la civilisation égyptienne d'origine noire. Il naît à une époque qui fait référence à la hantise du métissage, idée qui prévaut dans les écrits de Delafosse avec le thème de l'« âme nègre » même s'il s'inscrit dans la défense de la « race noire ». L'afrocentrisme est un mouvement qui se situe donc dans le cadre de l'aporie « race pure-métissage ». Jean-Loup Amselle examine, dans ce contexte, un certain nombre d'auteurs (Blyden, Burton, Gobineau) qui ont tous abordé le thème de la race avec les craintes de sa dégénérescence. Et même si Delafosse et Cheikh Anta Diop -- penseur de l'afrocentrisme né en 1923 et décédé en 1986 -- ne se rejoignent pas au final, ils se fondent tous les deux sur un raisonnement en termes de « substrat racial ». En effet, pour Delafosse, la magnificence de l'Afrique réside dans sa spécificité, pour Diop, dans son origine extérieure, égyptienne et grecque.

À cet égard, Jean-Loup Amselle fait allusion aux Africains-américains qui développent, eux aussi, un discours fondé sur le thème des origines. Aux États-Unis, ce discours fait valoir deux tendances : soit celle qui revendique une intégration, vidée de tout africanité ou de tout africanisme ; soit celle qui rejette cette intégration comme le mouvement des Blacks Panthers ou celui de Malcolm X qui refuse le métissage voire le christianisme au profit de l'islam. Cette politique identitaire fondée sur l'ethnie ou la race conduit à une recherche de survivances africaines par rapport à la « communauté d'origine ». Cette recherche au sein des cultures américaines, puis des Caraïbes, est aussi devenue depuis Verger et Bastide un thème cher à l'anthropologie française.

C'est dans cet exposé d'une pensée plus ou moins mondialisante que Jean-Loup Amselle nous explique ce qui l'a conduit à étudier le n'ko, mouvement « prophétiste scripturaire » (p. 112), originaire d'Afrique de l'Ouest et plus précisément du milieu mandingue. Le n'ko est un mouvement de pensée, mais il est aussi une écriture dont l'alphabet a été créé par Souleymane Kanté le 14 avril 1949 à Bingerville en Côte-d'Ivoire.

Souleymane Kanté (né en 1922 et mort en 1987) a rédigé de nombreux ouvrages de médecine et de pharmacopée. Il existe d'ailleurs des docteurs du n'ko qui officient dans des centres qu'on peut presque assimiler à de véritables dispensaires. Ils utilisent des médicaments modernes mais aussi homéopathiques, tiennent pour leurs patients de véritables carnets de santé et leur recommandent radiographies et analyses de sang. Ce type de médecine qui affirme le pouvoir de la médecine africaine a néanmoins recours à la science occidentale pour valider son savoir. On peut dire à l'instar de Jean-Loup Amselle qu'il peut s'agir d'une « pensée mondialisante partielle ». Elle utilise la culture européenne dans une théorie de la preuve. Cette posture montre à quel point l'afrocentrisme prend appui sur l'écrit pour défendre ses théories et apporter les preuves de son pouvoir de guérir.

L'objectif de Kanté a d'ailleurs été de traduire le Coran en n'ko afin d'indigéniser l'islam et par là même de dissocier la langue arabe de la religion musulmane : pour « mandinguiser la religion musulmane », écrit Jean-Loup Amselle (p. 136). Il faut donc distinguer l'islamisation de l'arabisation. Le n'ko est favorable à l'islamisation de l'Afrique, mais opposé à son arabisation. Les fondateurs du n'ko cherchent même à « débrancher » le réseau multiséculaire Moyen-Orient-Maghreb-Afrique noire. Cela dit, les représentants du n'ko sont allés jusqu'à enseigner l'arabe en se servant de l'alphabet n'ko (qui s'écrit avec des caractères latins, mais de droite à gauche) et Kanté revendique, en même temps, un statut de marabout ! Ce paradoxe s'explique par une triangulation, où la culture européenne est utilisée contre la culture arabo-musulmane pour affirmer et magnifier la culture malinké. Au final, le n'ko est davantage un mouvement anticolonialiste arabo-musulman qu'anti-européen.

Salut du corps et salut de l'âme sont donc les deux objectifs du mouvement n'ko. À ce titre, Jean-Loup Amselle le rattache à tous les prophétismes africains. Du reste, Kanté dit avoir créé l'alphabet sous l'emprise d'une révélation (p. 155). Il se situe au centre d'une entreprise visionnaire de l'Afrique et même du monde. En cela, il a une idéologie universalisante.

Le statut de l'écrit est, on l'a dit, au fondement du n'ko. Kanté reproche aux alphabets arabes et latins de ne pas inscrire les tons des langues africaines, ce que les linguistes commenceront à faire, en France avec Maurice Houis dans les années 1960, mais ce qui justifie la nécessité pour Kanté, à cette époque, de créer cet alphabet. Le n'ko cherche même à se réapproprier la « lettre volée », instance symbolisante du signe que les historiens attribuent aux peuples chinois, phéniciens et latins. Le mythe de la « lettre volée », qui fait l'objet d'un chapitre de l'ouvrage, sous-entend l'idée que les Européens et les Arabes auraient volé la lettre aux Africains, peuples sans écriture, comme de nombreux ethnologues les appellent. Bien qu'à visée universelle, la pensée de Kanté s'appuie sur la volonté de purifier la culture mandingue de tout apport extérieur. Rejet des bâtards, des inter-mariages entre groupes différents, rejet du métissage. La sauvegarde de la culture mandingue est le but primordial. L'écrit permet de fixer la culture mandingue, de la délivrer, nous dit l'auteur, de « la malédiction de l'oralité ». Kanté cherche même à promouvoir, au Mali, l'alphabétisation en alphabet n'ko mais il échoue dans cette tentative auprès des instances gouvernementales. La revendication du thème de l'authenticité se présente en concurrence du modèle européen et contre l'arabité. La culture mandingue devient un texte, une philosophie avec un statut d'équivalence à la philosophie européenne. Il ne s'agit plus d'un « système de pensée » ethnologique ou de « représentations collectives » à la Durkheim, d'une « pensée sauvage » lévi-straussienne ou d'une « idéologique », comme l'entend Augé. La philosophie afrocentriste refuse aussi d'être rangée dans les oeuvres qui relèvent d'une « vision du monde ». Une pensée collective sans sujet, sans pensée singulière. Les membres du n'ko refusent aussi la notion d'ethno-philosophie. Il s'agit plutôt d'une certaine philosophie de l'histoire, ou encore d'une « culture mandingue lettrée ». Le n'ko revendique aussi une antériorité historique (les Mandingues existaient bien avant l'islam) ainsi que la supériorité de la culture mandingue (avec le rôle du fer comme démonstration). L'union des hommes wankara (ancêtres des Mandingues) avec les femmes krogba est la première bâtardisation du peuple mandingue, suivi de sa conversion à l'islam en 1050. Cet islam qui a contribué, selon Kanté, au déclin des civilisations africaines. On rejoint, ici, la question abordée par l'auteur sur la tentative africaniste d'une recherche d'authenticité des cultures, débarrassées de leurs éléments musulmans. Chacun oeuvre, à sa manière, à une certaine construction conceptuelle de l'Afrique. Diop et Kanté, les deux penseurs contemporains de l'afrocentrisme, ont une certaine divergence vis à vis de l'islam. Diop rejette l'islam et l'arabité. Souleymane Kanté disjoint l'islam de l'arabité pour indigéniser l'islam auprès des populations mandingues.

L'afrocentrisme se situe donc dans un espace interculturel. Il représente un nationalisme culturel qui suppose l'existence de cultures pures. Il crée, de fait, ce que l'auteur nomme des « labels identitaires » (p. 209).

Le « droit culturel » ou le « droit des peuples » s'engage dans une relation inverse et symétrique à la « guerre des cultures » et à la « guerre des races ».

Dans ce contexte, le nationalisme finit par s'opposer à l'universalisme car finalement l'afrocentrisme est à la fois un espace de communication et de revendication de spécificités culturelles. Peut-être annonce-t-il ou permet-il à l'auteur d'enterrer le tiers-mondisme avec son éloge des différences, puisque la revendication de l'identité culturelle risque de devenir une forme de nationalisme.

Ce travail qui cherche une application réflexive sur le politique montre aussi à quel point l'illusion identitaire provient de la construction du politique et qu'on est dans l'impossibilité de dissocier les figures de l'imaginaire de la matérialité des sociétés.

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MAI 2006


Jean-Pierre Olivier de Sardan
Directeur de recherche au CNRS
Directeur d’études à l'EHESS



était l'invité du Séminaire d'Anthropologie Générale du Centre d'Anthropologie le 17 mai 2006

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LA RIGUEUR DU QUALITATIF :
les contraintes empiriques de l'interprétation anthropologique

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Ses domaines de recherche

- Socio-anthropologie de l’État et des services publics en Afrique

- Socio-anthropologie de la santé en Afrique

- Socio-anthropologie du développement en Afrique

- Méthodologie de l’enquête de terrain et de l’interprétation anthropologique


Ses principales publications

Ouvrages

1995. Anthropologie et développement, essai en socio-anthropologie du changement social. Paris, Karthala, 221 p.

1984. Les sociétés songhay-zarma (chefs, guerriers, esclaves, paysans...). Paris, Karthala, 299 p.

1982. Concepts et conceptions songhay-zarma (histoire, culture, société). Paris, Nubia, 447 p.

1976. Quand nos pères étaient captifs (récits paysans du Niger). Paris, Nubia, 190 p.

1969. Système des relations économiques et sociales chez les Wogo du Niger. Paris, Institut d'ethnologie, 234 p.

1969. Les voleurs d'hommes (notes sur l'histoire des Kurtey). Paris-Niamey, Études Nigériennes, 68 p.

1965. Les Wogos du Niger. Paris-Niamey, Études Nigériennes, 122 p.

Directions d'ouvrages collectifs

2003. avec Y. Jaffré, Une médecine inhospitalière. Les difficiles relations entre soignants et soignés dans cinq capitales d'Afrique de l'Ouest. Paris, Karthala, 462 p.

2003. avec G. Blundo, Pratiques de la description. Paris, Éd. de l’EHESS, 223 p. (« Enquête », 3).

2002. avec Y. Jaffré, Rapport sur Les dysfonctionnements des systèmes de soins, Enquêtes sur l’accès aux soins dans 5 capitales d’Afrique de l’Ouest. Marseille, Unicef-Coopération française, 289 p.

2002. avec G. Blundo, Rapport sur La corruption au quotidien en Afrique de l’Ouest. Approche socio-anthropologique comparative, Bénin, Niger et Sénégal. Marseille, Commission des communautés européennes et Direction du développement et de la coopération Suisse, 282 p.

2000. avec T. Bierschenk et J.-P. Chauveau, Courtiers en développement. Les villages africains en quête de projets. Paris, Karthala, 328 p.

Participations à des ouvrages collectifs

2003. « Pourquoi le malade anonyme est-il si mal traité ? Culture bureaucratique commune et culture professionnelle de la santé », in Y. Jaffré et J.-P. Olivier de Sardan, eds, Une médecine inhospitalière. Les difficiles relations entre soignants et soignés dans cinq capitales d'Afrique de l'Ouest. Paris, Karthala, p. 265-294.

2003. « Observation et description en socio-anthropologie », in G. Blundo et J.-P. Olivier de Sardan, eds, Pratiques de la description. Paris, Éd. de l’EHESS (« Enquête », 3), p. 13-40.

2001. « Populisme méthodologique et populisme idéologique en anthropologie », in J.-L. Fabiani, ed., Le goût de l’enquête. Pour Jean-Claude Passeron. Paris, L’Harmattan, p. 195-246.

2001. avec J.-P. Chauveau et M. Le Pape, « La pluralité des normes et leurs dynamiques en Afrique » in Winter, ed., Inégalités et politiques publiques en Afrique. Pluralité des normes et jeux d’acteurs. Paris, Karthala, p. 145-162.

2001. « L’enquête de terrain socio-anthropologique », in Corpus, sources et archives. Textes de J. Boutier, J.-L. Fabiani, J.-P. Olivier de Sardan, Tunis, Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain, p. 63-100.

2000. avec G. Blundo, « La corruption comme terrain: pour une approche socio-anthropologique » , in Blundo, ed., Monnayer les pouvoirs. Espaces, mécanismes et représentations de la corruption. Genève, p. 21-46.

2000. « Anthropologie du développement », in Bonte et Izard, eds, Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie. Paris, Presses universitaires de France (2e éd.), p. 758-759.

2000. « Unité et diversité de l'ensemble songhay-zarma-dendi », in Peuplements et migrations. Actes du premier colloque international, Parakou, Niamey, CELHTO, p. 75-98.

2000. « Rendre compte des points de vue des acteurs: principes méthodologiques de l'enquête de terrain », in Lavigne Delville, Sellamna et Mathieu, eds, Les enquêtes participatives en débat. Paris, Karthala, p. 419-449.

2000. avec T. Bierschenk et J.-P. Chauveau, « Les courtiers entre développement et État » , in T. Bierschenk, J.-P. Chauveau et J.-P. Olivier de Sardan, eds, Courtiers en développement. Les villages africains en quête de projets. Paris, Karthala, p. 5-42.

Articles

2003. avec T. Bierschenk, « Powers in the village. Rural Benin between democratisation and decentralisation », Africa, 73 (2), p. 145-173.

2002. « Le soignant face au soigné anonyme en Afrique », Santé Publique et Sciences Sociales, 8-9, p. 91-117.

2003. « Les institutions de développement : un cosmopolitisme professionnel », Tsantsa, 8, p. 88-99

2002. « Les trois approches en anthropologie du développement », Revue Tiers-Monde, 168, p. 737-762.

2001. « Le “développement participatif” : ni solution miracle ni complot néolibéral », Afrique contemporaine, 199, L'État en Afrique : entre le global et le local, p. 148-156.

2001. « La sage-femme et le douanier. Cultures professionnelle locale et culture bureaucratique privatisée », Autrepart, 20, Fonctionnaires du Sud, p. 61-73.

2001. avec G. Blundo, « La corruption quotidienne en Afrique de l’Ouest », Politique Africaine, 83, p. 8-37.

2001. avec G. Blundo, « Sémiologie populaire de la corruption », Politique Africaine, 83, p. 98-114.

2001. avec A. Elhadji Dagobi, « La gestion communautaire sert-elle l’intérêt public ? Le cas de l’hydraulique villageoise au Niger », Politique Africaine.

2000. « Anthropologie, anciennes méthodes, nouveaux objets » (entretien), Courrier de la Planète, 58, p. 6-8.

2000. « Le “je” méthodologique : implication et explicitation dans l’enquête de terrain », Revue Française de Sociologie, 41(3), p. 417-445.

2000. « Dramatique déliquescence des États en Afrique », Le Monde Diplomatique, février, p. 12-13 [traduit en allemand : « Das endlose Warten auf die Demokratie », Die Tageszeitung/WoZ, februar 2000].

2000. avec G. Blundo, « La corruption comme terrain : pour une approche socio-anthropologique », Nouveaux Cahiers de l'IUED (Genève), 9, p. 21-46

Films

Saint Joseph le crocodile, en collaboration avec P. Arragon, vidéo Bétacam, 26 min., 1992 (lieu de tournage : Côte d'Ivoire) (diffusé sur Canal France International)

Un matin, une pirogue, en collaboration avec P. Arragon, vidéo Bétacam, 12 min., 1991 (lieu de tournage : Côte d'Ivoire) (diffusé sur Canal France International et Planète)

Le Jaune et le noir, en collab. avec P. Arragon, 16mm couleur, 25 min., 1987 (lieu de tournage : Camargue) (sélectionné au Festival du Réel, Centre Pompidou, Paris, 1988 ; premier prix du documentaire au festival de Saint-Paul-les-Trois-Chateaux, 1988 ; primé au Festival de Parnü, URSS, 1989)

La Vieille et la pluie, 16mm couleur, 55 min., 1974 (lieu de tournage : Niger) (Label et prime à la qualité du Centre National du Cinéma, mention spéciale du jury au festival de Nyon, 1974 ; sélectionné au Festival des peuples de Florence, 1976, et au festival de Boston, 1980 ; présenté au Congrès de l'African Studies Association, Washington, 1982)

Faudrait pas nous prendre pour des Indiens (le pays derrière la fête), en collab. avec P. Arragon et P. Boiral, vidéo 3/4 couleur, 30 min., 1985 (lieu de tournage : Lozère)

La Goutte d'or, 16mm couleur, 20 min., 1973 (lieu de tournage : Paris) (Sélectionné pour représenter la production du GREC à la cinémathèque française, 1973 ; au festival de Grenoble, 1974 ; à la cinémathèque algérienne, 1975 ; au Musée d'art moderne de Paris, 1975 ; sélectionné pour la rétrospective « le Paris des cinéastes », Cinémathèque de la Ville de Paris, 1986)

Sassalé, 16mm couleur, 35 min., 1971 (lieu de tournage : Niger) (Label, prime et prix à la qualité du Centre National du Cinéma ; sélectionné au Festival du Film Ethnographique et Sociologique de Venise, 1972)

La Bouche déliée, 16mm couleur, 30 min., 1969 (lieu de tournage : Niger) (Label et prime à la qualité du Centre National du Cinéma ; diffusé à la Télévision française, avril 1970)

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Les Invités de l'année 2006-2007 :

Galia VALTCHINOVA

Michael HOUSEMAN

Anne-Christine TAYLOR

Dan SPERBER

Roberte HAMAYON

Albert PIETTE


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