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Lundi 06 septembre 2010; 15h 02min. 18sec |
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Les ethnologues : Djallal G. HEUZE |
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Directeur de Recherche au CNRS
Membre du LISST
Centre d'Anthropologie Sociale
djallal.heuze[at]wanadoo.fr
Né en 1949 en Bretagne, j'ai passé mon enfance à Rennes avant de participer de manière intense aux évènements de 1968. Durant les années 1970 j'ai travaillé dans plusieurs secteurs, dans le bâtiment, l'agriculture et la pêche. Cela m'a donné une expérience du travail manuel qui m'influence encore.
Les années 1977-1985, qui ont été celles de la formation et de la rédaction de thèse, expliquent certains traits de mon personnage.
C'est le terrain qui a constitué la structure de mes approches et le cadre premier de ma formation. En 1978-1979-1980 j'étais en Iran puis en Afghanistan pour approcher la révolution islamique et apprendre ma première lanque non européenne. J'ai conservé un grand intérêt pour les thèmes politico-religieux et pour les perspectives associant famille et religion.
J'ai travaillé durant deux ans et demi sur les bassins miniers de la Damodar (actuel Jharkhand en Inde), en partant d'une population paysanne sollicitée par le travail à la mine. Caste, travail paysans, travail industriel, réseaux de clientèles, vie quotidienne : cela fut le sujet de ma thèse. J'ai ensuite fait une longue approche des petites entreprises, en Inde du Nord et de l'Ouest, univers productifs où les relations de travail ont des aspects fort complexes. J'ai aussi approché le milieu des ouvriers cotonniers 'marathas' de Bombay (Mumbai), dans leur vie quotidienne et au travers du long mouvement de grève de 1981-1983. Ces quatre ans de présence en Inde ont constitué le premier socle de ma démarche. J'ai appris l'hindi. J'ai fait glisser, dès 1981, ma perception et mes méthodes du domaine de la sociologie vers celui de l'anthropologie. Le type de terrains que je faisais m'a convaincu de la nécessité d'associer et de faire interréagir les disciplines, notamment l'anthropologie, l'histoire (j'ai un DEA d'histoire sociale) et aussi la géographie, la science politique et l'économie. C'est de là que je tire mon intérêt pour les “nouveaux objets”. Je les considère d'ailleurs comme les objets normaux, pertinents et centraux, de l'anthropologie aujourd'hui.
Après avoir été admis au Centre d'études de l'Inde et de l'Asie du Sud de l'EHESS (Paris) puis recruté au CNRS, j'ai donné une nouvelle inflexion à mes recherches. J'avais déjà travaillé dans le cadre d'équipes, par exemple avec l'ORSTOM (futur IRD) sur les petites entreprises, avec le Groupe Amira sur la notion de secteur informel et ses contenus anthropologiques, sur la grève cotonnière (avec un groupe indien de recherche sur les syndicats) ou encore sur un village de l'Inde du Nord près d'Allahabad (avec des anthropologues indiens). Ces dimensions ont été renforcées par une étude faite sur les déplacements de populations suite aux implantations de villes et d'usines, près de Varanasi, approche qui a duré trois ans et a impliqué la collaboration de 3 équipes. Pour ce qui est du domaine d'études, la logique des aires culturelles ne me satisfaisait pas. J'ai fait des approches comparatives, s'étendant sur un mois à six mois, au Mexique, en Russie, en Palestine, en Bosnie, à Cuba. Mes thèmes de recherche se sont emboités les uns dans les autres, une nouvelle recherche n'impliquant pas de rupture avec ce qui avait été fait précédemment mais un infléchissement.
J'ai étudié les itinéraires de chômeurs et les consciences des jeunes en milieux 'rurbains', les dalits (basses castes) à Mumbai et en Inde du Nord, l'usage du religieux dans les milieux ouvriers et mineurs au Chhattisgarh (Inde). En 1987 j'ai commencé une recherche sur la mouvance nationaliste hindoue (équivalent hindou de l'islamisme). J'ai aussi multiplié les approches de la ville (équipe de travail sur 4 ans). A partir de 1999, j'ai entamé un nouveau cycle de recherche centré sur les Gens du Gange, particulièrement les pêcheurs et charpentiers de marine. J'étudie les cultures du travail, les pratiques religieuses et familiales de ces groupes et le rapport à la nature. Je suis aussi intéressé par un mouvement de renonçants et de laïques proches du nationalisme hindou qui se donnent pour but de protéger le Gange de la pollution et de la dégradation symbolique. Je suis arrivé au Centre d'anthropologie de Toulouse en 2002. C'est surtout depuis cette date que j'enseigne. Depuis 1995 j'ai une habilitation à diriger des thèses dans le cadre de l'EHESS. Je codirige la collection Anthropologiques aux Presses universitaires du Mirail.
Mon travail a longtemps donné une place importante à l'empirisme et au pragmatisme. Aujourd'hui, mon respect pour toute personne capable d'écrire des choses sensées en science sociale, qui fut toujours notable, a grandi. Je me suis beaucoup intéressé à certaines variétés de structuralisme de Levi Strauss à Foucault (certes différents). Jai usé de manière un peu inégale de la pensée du complexe. J'aime le déconstructionisme quand il n'est pas imbriqué à la 'post-modernité' et qu'il conserve des contenus. J'adore le Bourdieu du “Sens pratique”, le Devereux de “l'Angoisse à la méthode” (caractère fructueux de la confrontation psy-anthropo), un certain Godelier, le superbe Condominas ou encore la Vassas de 'La bête singulière'. Il me semble important de lire sur le féminin et le genre, de savoir des choses sur l'environnement et la culture et aussi de se forger un savoir permettant de résister aux représentations dominantes sur l'Occident et la modernité. Sans penser que l'anthropologie soit un instrument de combat, je suis convaincu qu'il existe en son sein des pratiques qui construisent la personne et enrichissent la science aux dépens des stéréotypes et des facilités. Je tends à les promouvoir selon ce que j'en comprends.
Livres publiés
(certains en collaboration, indiquées par *)
Problèmes de méthodologie statistique, Paris, 1986
Travail et travailleurs en Inde, 1987, LERSCO
La grève du siècle, 1987, Paris
Ouvriers d'un autre monde, Paris 1987
Iran, Paris, 1990
Environmental study of Singrauli Area, Delhi, 1991
Pour une nouvelle compréhension des faits et des hommes du secteur non structuré, Paris, 1992
Travailler en Inde, Paris, 1992
Les conflits du travail en Inde et au Sri Lanka*, Paris, 1993
Où va l'Inde moderne? Paris, 1993
Workers of another world, Delhi, 1996
Entre émeutes et mafias, Paris, 1996
Politique et religion en Asie du Sud contemporaine*, Paris, 1998
Bombay en flammes, Paris, 2000
Bombay-Mumbai, en tendresse et en fureur, Paris, 2000
D'intouchable à dalit, Paris, 2006
La ville en Asie du Sud*, Paris: 2007
Les mots de l'Inde, Toulouse, 2008
En outre 106 articles scientifiques ou parties de livres et 5 films

Je vis actuellement dans le centre de Toulouse avec un chat noir de bonne facture et une compagne brune (de très bonne facture aussi). J'ai un garçon, charpentier, musicien. Mes grands plaisirs sont de cultiver des jardins, lire des bandes dessinées et des romans fins, faire la grasse matinée et réparer des maisons.
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DERNIER OUVRAGE PARU
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LES MOTS DE L'INDE
par Djallal HEUZE
PUM - Presses Universitaires du Mirail [lien]
L’Inde est sujet de désir avant que d’être objet de savoir. Jeunes gens pris par le désir de la route, mystiques à la recherche d’expériences radicales ou simplement voyageurs en quête de nouveautés, tous aiment à raconter les moments inoubliables qu’ils y ont vécus. Mais l’Inde d’aujourd’hui, c’est d’abord une vraie démocratie, des industries et des universités de pointe, des problèmes démographiques et environnementaux, une question religieuse aiguë et des transformations inédites de la caste. L’imaginaire européen de l’Inde ne doit pas cacher les réalités d’un pays qui est un monde à lui seul.
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